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The Warriors of Beauty

Pierre Coulibeuf

FR: Cinéaste d'avant-garde et plasticien, Pierre Coulibeuf développe un projet artistique transdisciplinaire : il réalise des fictions expérimentales qui investissent le champ de l'art, et où les changements d'identité affectent les univers et les artistes qui inspirent ses oeuvres. Ses films, tournés en Super 16 ou 35mm, ont été présentés dans de nombreux festivals internationaux de cinéma comme Locarno ou Rotterdam ainsi que recomposés sous forme d'installations vidéo-photo dans les musées du monde entier.

Les Guerriers de la Beauté est une réécriture du monde théâtral de Jan Fabre pour un cinéma de genre : le cinéma fantastique où les personnages ici sont des individus qui s'adonnent à des rituels étranges et absurdes (est-ce que ce sont des fous ?) dans un labyrinthe de murs (est-ce un asile ?). Ces rituels sont traduits par des mouvements chorégraphiques en boucle, sans fin. « Mais pourquoi les fous ne se fatiguent-ils donc jamais ? », dit un personnage du film (Ariane en robe de mariée).

L'oeuvre filmique est une réinterprétation du monde de Jan Fabre; c'est une projection dans une autre dimension, fictionnelle, dans un autre monde, énigmatique, inspiré par un mythe grec. L'oeuvre filmique n'est pas une imitation, la copie d'un original au sens d'une simple reproduction garantie par la ressemblance. L'oeuvre est un simulacre : elle prélève un élément essentiel de l'univers qui l'inspire et le répète sans cesse. La petite image en mouvement de l'installation, une boucle avec un individu qui essaie de s'envoler et ainsi d'échapper à ce labyrinthe, fait référence également à la mythologie : à la fois Thésée et Icare - une figure double qui résonne avec Ariane (la mariée) perdue dans le film-labyrinthe. Formellement, cette image en mouvement, muette, est une image conceptuelle ; elle conjugue dans une seule action les deux concepts qui structurent et animent la première image en mouvement : la répétition et la différence. En outre, la répétition a également ici une valeur rythmique. Pour le regardeur, la verticalité de l'action répétée à l'infini, comme un motif, casse l'horizontalité de la plupart des actions de la première image. Cette action est reprise en écho plusieurs fois dans la première image en mouvement de l'installation.

En outre, en plus de l'installation vidéo, huit photogrammes de film isolent et cristallisent plusieurs séquences significatives du film. Comme dans d'autres oeuvres de Coulibeuf, la confrontation - à la fois interne et externe du film (espace d'exposition) - entre le cinéma et la photographie constitue un moment de réflexion sur l'entre-deux, ou encore sur le passage d'un support à l'autre (ici le théâtre, le cinéma et la photographie), ce qui soulève une question philosophique plus complexe sur le rapport entre l'immobilité et le mouvement, l'existence et le destin. Les corps en mouvement, inspirés par l'univers théâtral de Jan Fabre, incarnent une fiction

Organisateur: Institut Francais, Galerie Nosbaum-Reding, Café-Crème asbl, neimënster

Commissaires: Laurence Lochu et Alex Reding